L'administration Obama substitue la "diplomatie en action" à la "politique étrangère"

Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américaine, a proposé la tenue d'une conférence ministérielle internationale sur l'Afghanistan, le 31 mars, invitant l'Iran à y participer. Que penser de cette annonce ?

Cette initiative est emblématique de l'attitude de la nouvelle administration, qui souhaite utiliser un nouveau vocable, celui de "diplomatie en action". Ce vocabulaire est nouveau, dans la mesure où les Américains avaient tendance à penser en termes de "politique étrangère". La diplomatie en action signifie que l'on va tâcher de négocier les différends partout dans le monde, et non pas adopter une attitude défensive. Cela a pour but de tourner la page de Dick Cheney.

Qui insuffle ce nouvel élan ? Barack Obama, ou Hillary Clinton elle-même ?

Sur les grands principes, les deux responsables sont totalement d'accord. Malgré ce que l'on a pu dire durant la campagne présidentielle, Mme Clinton dispose d'une bonne expérience internationale. La secrétaire d'Etat sait manier les ficelles de la diplomatie, comme le "soft power" : dans une tribune au journal Le Figaro, par exemple, elle ne parle pas de politique étrangère en général, elle l'aborde sous l'angle du rôle et du traitement des femmes. Barack Obama n'a donc pas besoin d'avoir un œil sur tous les aspects de la diplomatie américaine.

Outre le dossier iranien, Mme Clinton envoie un signal fort en rencontrant, vendredi 6 mars, son homologue russe Sergueï Lavrov, à Genève. Allons-nous vers un réchauffement des relations entre les deux puissances ?

Deux attitudes sont possibles pour les Américains vis-à-vis de la Russie. La première, manichéenne et nostalgique de la guerre froide, consiste à dire : "il est inutile d'essayer de nouer de nouvelles relations avec les Russes, de toute façon, cela ne marchera pas". L'autre manière revient à se demander si la Russie est un pays européen, ou un Empire oriental. La réponse est que c'est les deux : si l'on veut s'engager dans des discussions avec les Russes, il faut être réaliste, et ne pas s'attendre à ce que les Russes se conduisent comme des Américains.

Les Etats-Unis peuvent-ils également jouer un nouveau rôle au sein de l'OTAN ?

C'est plutôt un nouveau rôle de tous les Etats membres, alors que l'organisation va avoir soixante ans, le 4 avril. Parmi eux, il y a d'ailleurs un assez large consensus pour reconnaître que l'OTAN n'est pas une idée périmée, et que l'organisation a besoin d'une nouvelle définition pour le XXIe siècle.

A la fin du mois de février, Mme Clinton a réalisé une tournée en Asie, ponctuée par une visite à Pékin. La Chine figure-t-elle parmi les priorités diplomatiques des Etats-Unis ?

Je pense que l'administration américaine va avoir envers le gouvernement chinois une approche qui est aussi celle de la diplomatie en action. Les Américains ont un dialogue très important avec les Chinois : il n'y a pas eu de relation conflictuelle avec eux. L'idée est de dire que les Etats-Unis doivent être dignes de leur place dans le monde, tout en préférant la résolution des différends par la négociation. Il s'agit aussi de refuser d'admettre que certains pays doivent être ignorés.

Propos recueillis par Laurent Checola

 

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